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Lettres à un jeune poète

Par curiosité, pour en avoir entendu parler de ci de là, j'ai eu envie de lire ce livre, Lettres à un jeune poète de Rilke.
J'ai pensé à Dess en lisant un passage en particulier. J'aime beaucoup le journal de Dess. Parce qu'elle écrit bien. Parce que la tristesse qu'elle y retranscrit y est souvent belle (même si je me méfie du piège qui consiste à trouver belle certaines formes de tristesse, à cause du danger de s'y complaire). J'ai pensé aussi à Ethane, pour une discussion récente sur les peines qu'on peut vivre mais qui nous changent. Voilà ce passage :

"Aussi (...) ne faut-il pas vous effrayer lorsqu'une tristesse se dresse devant vous, si grande que vous n'en ayez jamais vue de pareille ; lorsqu'une inquiétude, faite de la lumière et de l'ombre des nuages, glisse sur vos mains et sur vos actes. Il vous faut penser que quelque chose vous arrive, que la vie ne vous a pas oublié et vous tient dans sa main ; elle ne vous laissera pas tomber. Pourquoi voulez-vous exclure de votre vie toute menace, toute douleur, toute mélancolie, alors que vous ignorez le travail que de tels états opèrent en vous ? Pourquoi voudriez-vous vous tourmenter en vous demandant d'où tout cela peut bien venir et quelle en est la direction ? Alors que vous savez que vous êtes dans ces moments de transition et que vous ne désirez rien de plus que vous transformer ? S'il y a quelque chose de maladif dans ce que vous faites, considérez que la maladie est le moyen grâce auquel un organisme se débarasse d'un corps étranger ; il vous faut donc l'aider à être malade, à être pleinement malade et à en sortir, car c'est là sa façon de progresser".

Je retiens ces quelques pensées de ce passage : accepter les moments difficiles car rien ne sert de lutter contre eux. Les laisser aller et opérer en nous les changements qui s'imposent, sans vouloir lutter.
Car je crois que c'est cela le piège auquel naturellement nous nous laissons aller : lutter contre sa douleur, contre sa tristesse. Alors qu'il faudrait peut être accepter de la vivre, de la connaître, la contempler vraiment, pour ensuite pouvoir réellement la laisser de côté en se disant "j'ai vécu cette peine maintenant, je la connais entièrement, je peux passer à autre chose".
Mais c'est quelque fois difficile et angoissant de laisser la peine nous submerger... D'où la lutte, jusqu'à épuisement, contre cette peine.

Et j'en viens à cet autre passage, très connu aussi :

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon oeil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. Litanie contre la peur du rituel Bene Gesserit, Dune
C'est la litanie contre la peur de F.Herbert. Et je crois qu'il y dit finalement la même chose : accepter de laisser passer au travers nous les sentiments douloureux ou la peur. Parce que lutter ne fera que nous épuiser d'avantage. Et que peut être, en les vivant réellement, on en apprendra quelque chose.

Cette réflexion m'entraine aussi sur notre société actuelle où, à tout prix, il ne faut pas souffrir, à coup d'antidépresseur, de psychothérapies pour tout et rien... Faut il vraiment refuser de vivre toute souffrance ? Lorsque je vois quelques fois des gens parler du psychologue au lendemain immédiat d'un décès, cela me pose question. Oui, un décès est triste. Oui c'est une épreuve terrible. Mais faut il vraiment refuser de la vivre ? Ne peut on réserver psychologues et médicaments pour les maux les plus profonds ?
Après tout, la mort, mais aussi les ruptures, les soucis, font partie de la vie. Si l'on apprend pas à les affronter, nous n'en serons jamais plus forts.
(fin de la partie philosophique. Développez. Vous avez deux heures).

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Ecrit par laurent51, le Mardi 7 Septembre 2004, 15:58 dans la rubrique "Ecouté, Lu et Vu...".

Commentaires :

Friends
07-09-04 à 16:34

Le problème est que j'ai tellement de retard dans la lecture que je n'aurais jamais assez de la fin de mes jours pour tout ingurgiter !
J'ai le petit prince ... je vais commencer par le lire .. pour le poète.. je passerai dans ta bibliothèque ;o))

 
Pralinette
07-09-04 à 19:01

La souffrance physique est inutile et heureusement les moyens de lutte nous sont offerts par les médicaments ("tu enfanteras dans la douleur" non mais ça va pas la tête ??). Par contre, je suis bien d'accord que pour la souffrance morale, la tristesse, le désespoir, il ne faut pas systématiquement avoir recours à un moyen de lutte (psy, antidépresseurs etc), du moins pas tout de suite, je pense qu'il faut attendre et tenter de toutes ses forces d'utiliser ses capacités personnelles ; et là on se rend compte qu'elles sont souvent immenses ! (je sais de quoi je parle...) Et au bout d'un temps, on se rend compte que la souffrance est une étape importante et obligatoire, qu'il faut la laisser se dérouler normalement, sans chercher à l'enrayer. Et c'est là que l'on devient effectivement plus fort, que l'on avance allègrement, presqu'à se sentir hors d'atteinte ! Mais attention, c'est bon aussi de passer à autre chose, à ne pas se complaire dans les gémissements !Il faut désirer (re)apprendre à parler, à sourire, à vivre quoi ! :-) Merci Laurent pour cette indication de lecture.

 
laurent51
07-09-04 à 19:13

Re:

Merci Pralinette de ton commentaire précieux.
Je suis d'accord avec toi : la douleur physique ne nous apprend rien, elle n'est pas tolérable.
Quant à la douleur morale, je ne dis pas bien sur qu'il faille à tout prix souffrir, mais qu'en tout cas, il ne faut pas chercher à tout masquer non plus.
"Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort..." (je l'aime bien cette phrase !)

Merci encore Pralinette.


 
Ethane
07-09-04 à 20:20

Re: Re:

Ah Laurent c'est très joliment écrit ! Oui, l'acceptation de la tristesse, c'est une étape, j'en suis sûre aussi...bizz

 
fabienland
08-09-04 à 12:31

Re: Re: Re:

Cela faisait un petit moment que je n'étais pas venu..Hello en passant..

Fabien


 
Dess
10-09-04 à 12:07

J'ai lu tout ça plusieurs fois, j'y suis même repassé en me demandant comment je pourrai commenter et ce que je pourrai y répondre et en dire et finalement rien n'est venu.

Parce que c'est trop juste pour que je puisse rajouter quelque chose. Merci.